Il n'y pas pas de quoi s'étendre indéfiniment sur ce petit Pennac tout ce qu'il y a de plus réglementaire. Des gens ordinaires deviennent extraordinaires, trois ou quatre bonnes réflexions sur les adultes qui ont perdu leur âme d'enfant, et le tour est joué. Suivez le chef :vendredi 16 octobre 2009
Messieurs les Enfants (Daniel Pennac)
Il n'y pas pas de quoi s'étendre indéfiniment sur ce petit Pennac tout ce qu'il y a de plus réglementaire. Des gens ordinaires deviennent extraordinaires, trois ou quatre bonnes réflexions sur les adultes qui ont perdu leur âme d'enfant, et le tour est joué. Suivez le chef :lundi 5 octobre 2009
La Vénus d'Ille (Mérimée)

Le style de Mérimée est froid, sec, sans fioritures, et rend merveilleusement bien la fureur contenue qui se dégage de la statue. Le lecteur en ressort violenté. Malheureusement pour lui, Mérimée, pourtant Inspecteur des Monuments Historiques, ne s'attire par la reconnaissance de ses pairs avec ses nouvelles, car transparaît à travers toutes ses histoires qu'il re
garde le monde avec le même oeil que celui de sa Vénus d'Ille : une froideur calculée... Néanmoins, il est dans l'air de son époque : au 18è siècle, les écrivains (Rousseau, Voltaire, Sade...) avaient à combattre la double emprise du Pouvoir et de la Religion sur la société. Au 19è sicèle, la nouvelle tyrannie, c'est la Science, et le fantastique va connaître son heure de gloire, car il met au défi les lois de la Logique et de la Raison devenues toutes puissantes. Maupassant, Poe et d'autres ont ainsi écrit des scènes horrifiantes, mais la Vénus d'Ille demeure à mes yeux le bijou précieux du genre...lundi 28 septembre 2009
Sur les Falaises de Marbre (Ernst Jünger)
Lorsqu'en 1927, il fut proposé à Ernst Jünger de devenir député national-socialiste au Reichstag, il déclara qu'il lui semblait préférable d'écrire "un seul bon vers plutôt que de représenter 60.000 crétins". Et pourtant, Jünger fut officier allemand à Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale. Alors, ambigu personnage ? Au contraire, parfaitement normal : un homme, simplement, qui a dénoncé le système, mais qui a refusé de déserter ou de résister. Toute l'ambivalence réside dans le choix des hauts-dirigeants nazis de ne pas faire arrêter l'écrivain, alors que celui-ci critiquait le système de l'intérieur même. Jünger, héros national depuis la guerre de 14, était inattaquable. Hitler aurait dit de lui : "on ne touche pas à Jünger".Revenons au livre, car le contexte de l'écriture de ce roman n'est guère déterminant, même si on pourrait le croire à première vue. L'oeuvre est intemporelle : aucun repère n'est jamais donné au lecteur. Le narrateur vit retiré du monde, dans un lieu que l'on appelle la Marina. Il se consacre à la lecture et à son herbier. Mais la barbarie ensommeillée des peuples alentours est soudainement réveillée, des profondeurs des bois qui bordent les frontières septentrionales du pays, par les ardeurs guerrières et sauvages de celui que l'on nomme "le Grand Forestier".
Ce livre est d'une beauté parfaite, mais d'un ennui définitif : les métaphores du bien contre le mal, de la barbarie, des instincts primaires des hommes qui s'éveillent au contact de la rumeur, font de ce livre un récit qui assomme son lecteur. On a surtout loué Jünger pour une œuvre qui dénoncerait de façon absolue l'autoritarisme et la dictature. Mais le recul extrême de l'ouvrage, son intemporalité, son déracinement, en font une fable vide de sens, que l'on appliquera aveuglement aux régimes ou aux valeurs que l'on veut critiquer. Le détachement de toute réalité est certes une prouesse littéraire, mais il ne reste que des pages qui ne dénonceront que ce qu'on voudra bien leur faire dénoncer.
dimanche 27 septembre 2009
"Beaucoup de bruit pour peu de sens"
Samedi 27 septembre au matin, on écoutait avec un intérêt qui ne faiblit pas l'excellente émission de Rebecca Manzoni sur France Inter, Eclectik, que vous pouvez retrouver ici. Guillaume Erner, chroniqueur, s'était penché ce jour-là sur le traitement infligé à l'Histoire dans le documentaire Apocalypse, dont France 2 nous rebat les oreilles jusqu'à la nausée. Autopromotion, l'autre soir, juste avant le journal de 20h : des images de déportations avec une musique de fin du monde, et comble d'une bêtise crasse, les chiffres de l'audimat de la dernière diffusion qui se greffent sur l'image... L'exceptionnel battage médiatique autour de cette série documentaire aura heureusement réveillé quelques consciences, dont celle de Guillaume Erner dont je vous retranscris ici une partie de la chronique :mardi 22 septembre 2009
Le Génie des Alpages (F'Murr)
Des brebis qui discutent métaphysique en broutant, qui construisent des abris anti-atomiques sous la montagne, qui tendent des pièges machiavéliques aux touristes, qui assistent à des éclipses de soleil en pleine nuit et qui sont jalouses de la petite amie de leur berger, ça n'existe pas dans la réalité, sauf dans l'univers de F'Murr, auteur de bandes dessinées, et notamment du Génie des Alpages, une série au grand air qui compte déjà treize épisodes. Je ne saurais que trop vous recommander de commencer par le premier des albums, au risque de ne rien y comprendre. Certains gags sont filés sur plusieurs tomes, et la plupart des dialogues sont incompréhensibles sans un arrière-plan historique. D'autres trouveront peut-être au contraire un certain charme à s'immerger au hasard dans ces dessins... J'ai personnellement eu un peu de mal à rentrer dans l'univers de F'Murr, mais je ne regrette pas aujourd'hui d'avoir fourni ce léger effort. L'ensemble est d'une profonde poésie alpine : des paysages fixes et mouvants à la fois (le motif sur le pull d'Athanase, le berger, change à chaque vignette et la montagne est un monde que les animaux d
essinent à leur gré), une petite "buvette des cimes" où il fait bon vivre et où les brebis se rendent en douce, ou encore le bélier Romuald qui, seul mâle dans ces paysages féminins, ne manque guère d'occupations...vendredi 18 septembre 2009
L'Albine, Scènes de la Vie en Limousin et en Périgord Vert (Fernand Dupuy)
Je m'autorise à vous faire partager une escapade dans une région que je connais bien, puisqu'il s'agit de celle où je suis né. Rares seront ceux, je pense, qui ont connaissance de cet ouvrage, car il n'est pas de première jeunesse et il n'intéresse peut-être que ceux "du coin". Néanmoins, ce livre n'appartient pas à la veine du régionalisme et il n'est pas spécialement passéiste, donc il m'a plu... Il constate, tout simplement, qu'entre la fin de la seconde guerre mondiale et les années soixante-dix, date de parution, beaucoup de choses ont changé. L'auteur, instituteur et député communiste, s'est éteint en 1999 à Limoges. Il laisse là une confession qui n'a rien d'un chef d'oeuvre en prose, mais dont la sincérité est évidente.jeudi 20 août 2009
La chaussure sur le toit (Vincent Delecroix)
Question littérature, Vincent Delecroix est une pointure. Je sais, le jeu de mots est affligeant, mais c’est ma marque de fabrique après tout. Dix petites nouvelles, imbriquées les unes dans les autres sans ordre apparent, dont l’élément commun est une vulgaire chaussure, posée sur le toit d’un immeuble de banlieue.Les récits s’enchaînent, le lecteur prend plaisir à s’égarer : les narrateurs racontent des histoires, mais leurs personnages aussi. Les notions de fiction et de réalité n’ont plus de sens. Difficile de raconter ce livre gigogne sans en dénaturer le propos… Je préfère encore donner au lecteur quelques extraits choisis :
Tout commence avec cette petite fille, qui au beau milieu de la nuit, appelle à son chevet son papa pour lui expliquer qu’elle vient de voir, par la fenêtre, debout sur le toit, un ange qui n’avait pas l’air gentil :
« Mine de rien, j’avais quand même réussi à lui faire regagner son lit. Elle s’était glissé sous les couvertures et je m’étais assis à côté d’elle. Il n’avait pas l’air gentil ? Non, il avait l’air triste. Mais les anges ne sont pas tristes ma chérie. Alors ce n’était pas un ange ? Ce n’est pas ce que je veux dire, mais. Non, non, je suis sûre que c’était un ange, il me regardait et il avait l’air triste. J’ai passé ma main sur ma figure. Il te regardait ? Oui, il m’a regardé pendant longtemps. Et après il s’est envolé ? Elle m’a dit dans un souffle : il n’avait pas d’ailes ».
[…] Je n’aime pas qu’il soit triste, papa. Là, je me sentais vraiment fatigué. Tu verras, lui ai-je dis, la prochaine que tu le reverras, il sera très joyeux, et il sera content de te voir dormir. Il reviendra pour chercher sa chaussure ?Je l’ai regardée avec perplexité. Pour rechercher sa chaussure ? Oui, quand il a disparu, il a laissé sa chaussure.
[…] Je suis ressorti sur la pointe des pieds. J’ai poussé un gros soupir. Je suis allé me chercher un verre d’eau à la cuisine en prenant soin de ne pas allumer la lumière. Est-ce que je dirai à Catherine que la petite a encore eu des hallucinations ? Qu’elle a vu un ange en pantalon qui a oublié sa chaussure ? […] C’est en reposant le verre d’eau que j’ai vu, par la fenêtre de la cuisine, sur le toit d’en face, une chaussure ».
Cet ange, il faut attendre la dernière nouvelle pour savoir de qui il s’agit (ceux qui souhaitent lire l’histoire ont intérêt à cesser leur lecture ici). Un type au bout du rouleau, qui avant de faire le grand plongeon décide de donner un sens à son geste :
« Les gens sont bien futiles après tout. Un rien décide de leur humeur, un rien décide de leur salut : un rien peut alors détourner leur attention de la souffrance et la fixer autre pa
rt. Il faut simplement leur donner un objet et ils y déposeront tout le malheur et le ridicule du monde. Et dans le genre ridicule, une chaussure peut très bien faire l’affaire ».Et de fait, tous les récrits intermédiaires ne sont que des extrapolations à partir de cet élément, la chaussure. Un artiste, par exemple, en pleine crise de doute sur le sens de son œuvre :
« Pourquoi cette chaussure ? Et pourquoi cette chaussure-là ? Autrement dit, quelle est la vérité de cette chaussure ?Voilà ce que doit dire l’art. Voilà la tâche. Alors surgit, inévitable, un tableau : Les Souliers de Van Gogh, évidemment, l’écrasante vérité de ce tableau. Mais un problème se pose, le problème, qui m’occupe depuis des semaines, des mois : une paire de chaussure, ça veut dire quelque chose ; dans leur utilité prosaïque, elles signifient quelque chose. Mais une chaussure sur un toit, ça ne veut rien dire, ça ne veut rien dire du tout, ça ne signifie rien. Effrayante nudité de son être-là-sur-le-toit, obstination que cette présence oppose à toute signification… »
L’ange a réussi son pari.
samedi 15 août 2009
Les voleurs de beauté (Pascal Bruckner)

lundi 3 août 2009
Le Chien des Baskerville (Sir Arthur Conan Doyle)

Une enquête pointue, une atmosphère glaçante, un style percutant, « Le chien des Baskervile » est, paraît-il, le meilleur des romans de Conan Doyle. Je le crois volontiers. Certaines scènes rappellent à s’y méprendre le Dracula de Bram Stoker, notamment l’arrivée en carriole de l’héritier Henri de Baskerville sur ses terres :
« Nous avions quitté les plaines fertiles ; nous leur adressâmes un dernier regard : les rayons obliques du soleil bas tissaient des fils d’or et de pourpre sur le sol rouge et les bois touffus. Notre route à présent surplombait des pentes escarpées rousses et verdâtres, sur lesquelles des rocs gigantesques se tenaient en équilibre. De loin en loin, nous passions devant une petite maison aux murs et aux toits de pierre ; aucune plante grimpante n’en adoucissait l’aspect farouche. Une cuvette s’arrondit devant nous ; à ses flancs s’accrochaient des chênes tordus et des sapins courbés par la fureur des tempêtes. Deux hautes tours étroites dépassaient les arbres. Le cocher avec un geste de son fouet nous les nomma : « Baskerville Hall ».
On se délecte évidemment du duo Holmes/Watson, le second ne servant qu’à mettre en lumière la science du premier. D’ailleurs, ce n’est pas l'humilité qui écrase le fameux limier londonien :
« En vérité, Watson, vous vous surpassez ! s’exclama Holmes en repoussant sa chaise et en allumant une cigarette. Vous n’êtes peut-être pas une lumière par vous-même, mais vous êtes un conducteur de lumière. Certaines personnes dépourvues de génie personnel sont quelquefois douées du pouvoir de le stimuler… »
Longtemps (Erik Orsenna)

La langueur (dans l’attente de l’autre) et la fougue (dans les retrouvailles) rythment une histoire un peu trop chaotique, et qui cède parfois à la facilité. Néanmoins, la poésie de certains passages alliée à l’érotisme torride de quelques scènes font oublier les défauts, et laissent au lecteur un agréable goût d’interdits transgressés…
samedi 11 juillet 2009
Socrate 2.0

jeudi 9 juillet 2009
C'est l'été !

Un court message estival pour vous dire combien l’été sied à la lecture de certains livres. Je me rappelle encore certaines fins d’après-midi de juillet et d’août, étendu sur une terrasse à l’heure où la chaleur commence à peine à diminuer, en train de déguster les pages de quelque histoire dans laquelle le soleil était tout aussi rayonnant qu’au dessus de ma propre tête.
L’harmonie parfaite entre le livre et son lecteur… Tout le monde a connu cela au moins une fois dans sa vie, et si ce n’est pas le cas, essayez-donc les récits suivants, je vous les livre pêle-mêle.
J’ai par exemple devant moi un vieil exemplaire des Lettres de mon Moulin. Un petit format, idéal pour la saison car il s’emmène partout, dont les feuilles commencent à se couvrir d’un joli jaune pâle. Le premier conte, sobrement intitulé Installation, est le préambule rêvé de tous vacancier qui n’aspire qu’à deux choses : le calme et le ciel bleu.
« Ce sont les lapins qui ont été étonnés !… Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte du moulin fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des meuniers était éteinte […] La nuit de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une vingtaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à rayon de lune.
Quelqu’un de très étonné aussi, en me voyant, c’est le locataire du premier, un vieux hibou sinistre, à tête de penseur, qui habite le moulin depuis plus de vingt ans. […] N’importe ! Tel qu’il est avec ses yeux clignotants et sa tête renfrognée, ce locataire silencieux me plaît encore mieux qu’un autre, et je me suis empressé de lui renouveler son bail. Il garde comme dans le passé tout le haut du moulin avec une entrée par le toit ; moi je réserve la pièce du bas, une petite pièce blanchie à la chaux, basse et voûtée comme un réfectoire de couvent.
C’est de là que je vous écris, ma porte ouverte, au bon soleil.
Un joli bois de pins tout étincelant de lumière dégringole devant moi jusqu’au bas de la côte. A l’horizon, les Alpilles découpent leurs crêtes fines… Pas de bruit… A peine, de loin en loin, un courlis dans les lavandes, un grelot de mules sur la route… Tout ce beau paysage provençal ne vit que par la lumière ».
Quittons maintenant Alphonse Daudet mais restons en Provence avec Marcel Pagnol. Ceux pour qui le thème de l’eau est indissociable des vacances sont fortement encouragés à lire L’Eau des Collines (en deux parties : Jean de Florette puis Manon des Sources), ou l’histoire d’un drame au pays des sources… et des naïades.« Lentement, il écarta les tiges grises des clématites, puis les feuilles charnues d’un lierre, et il la vit enfin, celle qu’il cherchait depuis l’aurore, et qui l’avait attiré jusque-là.
Assise au bord d’un grand trou rond, les jambes pendantes vers l’eau, qu’elle égratignait du bout de l’orteil, elle était nue. Une collerette de hâle descendait de son cou vers sa jeune poitrine, ses avant-bras étaient bruns jusqu’au coude et ses jambes jusqu’aux genoux ; mais son torse était d’un blanc de lait, et brillait d’un lumineux contraste avec les gants et les bas mordorés du soleil. […]
Non loin de la bergère, sur la roche brûlante, sa robe sombre et sa chemise brillaient au soleil. Tout près d’elle, un morceau de savon carré, et son petit harmonica. Pensive, la tête baissée, ses cheveux blonds pendant vers sa poitrine, elle balançait toujours ses jambes rondes, et des gouttes brillantes, au bout de son pied, sautaient au soleil ».
Enfin, à l’attention de ceux qui aiment les contes, je propose le K, de Dino Buzzati, un recueil de nouvelles drôles, attendrissantes ou effrayantes, qui ont pour point commun de mettre en exergue l’absurdité de notre condition de mortels et l’inexorable fuite des jours. Extrait de La leçon de 1980, une des histoires les plus absurdes mais aussi les plus justes, qui prouve que l’imagination, quand elle s'en donne la peine, peut avoir le fin mot sur les réalités.« Excédé à la fin par tant de querelles, le Père éternel décida de donner aux hommes une leçon salutaire. A minuit précis, le mardi 31 décembre 1979, le chef du gouvernement soviétique, Piotr Semionovitch Kurulin, mourut subitement […] Une semaine après, à minuit précis, le mardi 7 janvier, quelque chose qui ressemblait fort à un infarctus, terrassa à table de travail tandis qu’il conférait avec le secrétaire à la marine de guerre, le Président des Etats-Unis, Samuel E. Fredrikson… ».
Je ne vais pas plus loin, vous avez compris la logique. Chaque semaine à minuit, Dieu eut l’idée de faire mourir l’homme le plus puissant de la planète. D’où une course effrénée, un sauve-qui peut général des postes de pouvoir, la défection des dictateurs de peur d’y passer à leur tour. « Six mois ne s’étaient pas écoulés que toute ombre de conflit, même locale, s’était dissipée ».
Chaque histoire est ainsi faite : une trame simple, mais un humour mordant. Chacun y trouvera son compte. Bonnes vacances !
samedi 27 juin 2009
Chagrin d'école (Daniel Pennac)

Pourtant, le livre met en avant une façon originale de traiter l'école et ses problèmes. Daniel Pennac, cela se sent, sait de quoi il parle. On apprécie le fait qu'il ne désigne aucun bouc-émissaire (il faut reconnaître qu'il connaît le sujet, voir Au bonheur des Ogres), et prône des solutions tout à fait iconoclastes (l'amour, par exemple) dans un monde où seule "la méthode" compte. Les préjugés en prennent pour leur grade, car Daniel Pennac a toujours sous la main quelques bons mots et quelques démonstrations par l'absurde bien sentis.
"Souvent, autour des tables dominicales, quelques adultes cassaient du sucre sur le dos de Picasso : affreux ! Peinture pour snobs ! Le n'importe quoi érigé en art majeur…
Malgré cette levée de bouclier, Picasso se répandait comme une algue : dessin, peinture, gravure, céramique, sculpture, décors de théâtre, littérature même, tout y passait.
- Il paraît qu'il travaille à toute allure !
Une de ces algues prolifiques venue d'un océan monstrueux pour polluer les golfes de l'art paisible.
- C'est une insulte à mon intelligence ! Je n'accepterai jamais que l'on se moque de moi.
Au point qu'un dimanche je pris la défense de Picasso en demandant à la dame qui venait de répéter cette accusation pour la énième fois si elle pensait raisonnablement que, ce matin-là, l'artiste s'était réveiller avec l'idée de torcher vite fait une petite toile dans le seul but de se moquer de madame Geneviève Pellegrue. […]
Geneviève Pellegrue ignorait qu'elle allait digérer Pablo Picasso comme le reste, lentement certes, mais inexorablement, au point que quarante ans plus tard ses petits-enfants rouleraient dans une des voitures familiales les plus hideuses jamais conçues, un suppositoire géant auquel les nouveaux Pellegrue donneraient le nom de l'artiste, et qui les déposeraient, par un beau dimanche de prurit culturel, aux portes du musée Picasso".
mercredi 24 juin 2009
Le pas du juge (Henri Troyat)

Dommage, car lire l’histoire de la Révolution française à travers les yeux de deux protagonistes, aux destinées opposées, était intéressante. André Chénier, d’un côté, qui soutint les premiers élans révolutionnaires, mais dénonça ensuite les excès de la Terreur et de Robespierre ; sur l’autre rive, son frère, Marie-Joseph Chénier, membre de la Convention, devenu jacobin fanatique. Les deux hommes s’affrontent et confrontent leurs points de vues via pamphlets, poèmes et pièces de théâtre interposés, jusqu’au jour où la mort met fin à leur rivalité. Une fin toute provisoire d’ailleurs, car la postérité ne manquera pas de raviver ce combat. Il n’y a de place dans les mémoires que pour l’un des deux.
samedi 20 juin 2009
Métaphysique des tubes (Amélie Nothomb)
jeudi 18 juin 2009
La refondation du monde (Jean-Claude Guillebaud)
La refondation du monde, rien que ça ? Avec un titre pareil, Jean-Claude Guillebaud avait intérêt à ne pas nous décevoir. Et c'est réussi. Bien que paru en 1999, l'ouvrage est d'une actualité brûlante, et en cette période où l'idée directrice est une fantasque moralisation du capitalisme, il fait bon de le lire ou de le relire. Exemple :« Il serait nécessaire, nous répète t-on sans cesse, de retrouver une morale. Tout nous invite à nous méfier du mot même de "morale" ou de celui qui se veut plus anodin d'éthique. Tous deux transportent avec eux je ne sais quelle intention disciplinaire. Comme s'il s'agissait, dans cette affaire, de mieux écouter un commandement venu d'en haut et auquel il nous faudrait réapprendre à obéir. Nul ne fera jamais revivre ce qui a été désenchanté. Sauf le tyran, peut-être».
Le ton est posé. Ce qui intrigue et inquiète Jean-Claude Guillebaud, c'est l'immense désarroi actuel, la fin des concepts qui permettaient jadis d'expliquer le monde et sa complexité. Avec la chute du Mur de Berlin, tout a volé en éclat. Et de citer Levinas :
« Aujourd'hui, nous avons vu disparaître l'horizon, qui apparaissait derrière le communisme, d'une espérance, d'une promesse de délivrance. Le temps promettait quelque chose. Avec la disparition du communisme, le trouble atteint des catégories très profondes de la conscience européenne ».
Alors comment penser la totalité après l'immense tragédie que fut le XXe siècle ? Comme le mentionne Edgar Morin, il y a bien longtemps que le projet encyclopédique - celui qui définissait l'honnête homme des Lumières - est hors de notre portée. Chaque année, chaque mois, chaque semaine qui passent voient se ramifier un peu plus, jusqu'à une arborescence infinie, les connaissances et les disciplines. Il ne nous reste guère que le choix entre la "superficielle généralisation médiatique" et "la compétence fragmentaire des disciplines".
Quelle est la place de la citoyenneté là-dedans ? Comment le citoyen ordinaire que je suis peut-il prendre position ? De manière personnelle, la question s'est posée à moi lors des élections européennes de 2009, placées sous le sceau de la lutte contre la crise. Entre une droite qui prône une course effrénée au profit et une extrême-gauche qui se berce d'illusions redistributrices, que me reste t-il ? La gauche réformiste ou le centre, mais ni l'un ni l'autre ne portent un véritable projet de société, et naviguent à vue. Je regarde alors d'autre voies. Celle de l'écologie ? Oui, le combat des Verts me touche en tant que citoyen, mais en se focalisant sur un unique credo, n'en vient-on pas à oublier tous les autres ?
Qui s'adresse à moi en tant que citoyen ? Personne. "Sans doute faut-il se mobiliser, écrit Jean-Claude Guillebaud, mais où est le front ?
lundi 15 juin 2009
L'invité (Roald Dahl)
mercredi 27 mai 2009
Petite discussion avec une momie et autres histoires (Edgar Allan Poe)

lundi 18 mai 2009
Lolita (Vladimir Nabokov)

Soporifique ? Certainement.
Le roman traite de manière explicite de pédophilie, ce qui nous entraîne vers le fameux débat du rapport entre éthique et esthétique. Le thème choisi est on ne peut plus tabou. Le contexte culturel qui est le nôtre permet à l'art de raconter le crime, d'exposer la violence, de se plonger dans la peau d'un tueur, et même de faire l'apologie de la torture, mais la relation physique, sexuelle, entre un enfant et un adulte demeure le non-dit absolu. Du moins, on ne peut la raconter que si elle est explicitement condamnée. Tel n'est pas le cas ici.
C'est donc avec l'esprit quelque peu tourmenté qu'on lit ce livre, et encore plus tourmenté que l'on tente d'en faire le commentaire. Si j'ose délaisser le fond pour commenter la forme (j'entends déjà l'armée des professeurs de français se signer puis hurler au sacrilège !), je dirais que le tout fait vaguement penser à la relation littéraire ratée d'un road-movie interminable, à l'exception de certains passages proprement fulgurants, où la démence et le fantasme du narrateur s'expriment dans un style purement exceptionnel :
"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon
âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais
pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre
quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était
Dolly à l'école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle
était toujours Lolita".
dimanche 26 avril 2009
Le tyran de Syracuse (Valerio Manfredi)

Au VIIIe siècle avant J.-C., les cités grecques établirent des comptoirs commerciaux sur la rive orientale de la Sicile. Syracuse est l’un d’entre eux. La ville imposa son hégémonie sur l’île en repoussant au Ve siècle les Carthaginois. Denys l’Ancien, dit aussi Tyran de Syracuse, régna sur la cité durant cette période, protégeant les lettres et faisant de la ville un important centre économique.
Valerio Manfredi raconte l’histoire de cet homme, de son ascension, de son règne et de sa chute. L’exercice est difficile : la vie de Denys fut riche en batailles, en amours et en rebondissements, et malgré tous les efforts de l’auteur, le lecteur ne s’y retrouve pas. Les combats succèdent aux combats, les guerriers gagnent ou perdent, les alliances se font et se défont, la chance abandonnent les uns et retrouve les autres, et l’on se retrouve avec l’amère impression d’être en train de lire un manuel d’histoire des années 30, des faits militaires qui se suivent, des grands hommes qui s’affrontent, mais sans la touche qui fait la marque des grands historiens et des grands écrivains, à savoir donner du sens et de la cohérence au récit. Car Valerio Manfredi souffre d’un immense défaut pour celui qui veut faire aimer l’histoire : il ne sait pas raconter.
L’auteur a voulu faire une fresque, mais l’on en sort noyé. Plutôt que de se concentrer sur le particulier pour faire ressortir l’universel ( ce qui aurait apporté de la légèreté au récit), l’universel écrase les personnages et leurs sentiments. Quelques anecdotes sont glissées ici ou là, mais elles donnent l’impression d’être des rajouts, écrits à la-vite, pour assouplir la lourdeur de l’histoire.Parfois, une ébauche de réflexion se dessine, sur le pouvoir, sur le peuple, sur la politique, mais n’est jamais menée à terme. Il y aurait pourtant eu matière à développer et à éclairer notre présent par les exemples passés, notamment autour du personnage du tyran, ce chef populaire qui, dans l’antiquité grecque, exerçait son pouvoir par la force et avec l’appui du peuple, contre l’aristocratie. Là est la principale frustration pour le lecteur : s’il y a quelque chose d’actualité dans la Syracuse antique que l’on retrouve dans l’Italie berlusconienne d’aujourd’hui, c’est bien le populisme et la concentration des pouvoirs dans les mains d’un seul homme (et peut-être même pourrait-on étendre la réflexion à la France). Ou bien encore une pensée sur la capacité des démocraties à réagir fermement en temps de guerre ou de crise… Autant de sujet que le livre ne fait qu’effleurer.
samedi 18 avril 2009
La Vouivre (Marcel Aymé)
Pendant l'entre-deux-guerres, à Vaux-le-Dévers, paisible village de la campagne jurassienne, le temps s'écoule lentement. Les paysans vivent au rythme des saisons, et le maire et le curé s'affrontent au nom de leurs inébranlables certitudes, religieuses pour l'un, politiques pour l'autre. Rien ne trouble la tranquillité des lieux, lorsqu'au plus fort de l'été, Arsène Muselier, alors qu'il était aux champs, aperçut la Vouivre: "La Vouivre, c'est à proprement parler la fille aux serpents. Elle représente à elle seule toute la mythologie comtoise […] Dryade et naïade, indifférente aux travaux des hommes, elle parcourt les monts et les plaines du Jura, se baignant aux rivières, aux torrents, aux lacs, aux étangs. Elle porte sur ses cheveux un diadème orné d'un gros rubis, si pur que tout l'or du monde suffirait à peine à en payer le prix. Ce trésor, la Vouivre ne s'en sépare jamais que le temps de ses ablutions. Avant d'entrer dans l'eau, elle ôte son diadème et l'abandonne avec sa robe sur le rivage. C'est l'instant que choisissent les audacieux pour s'emparer du joyau, mais l'entreprise est presque sûrement vouée à l'échec. A peine le ravisseur a t-il pris la fuite que des milliers de serpents, surgis de toutes parts, se mettent à ses trousses et la seule chance qu'il ait alors de sauver sa peau est de se défaire du rubis en jetant loin de lui le diadème de la Vouivre. Certains, auxquels le désir d'être riche fait perdre la tête, ne se résignent pas à lâcher leur butin et se laissent dévorer par les serpents".
Dans ce roman gentiment érotique, on se délecte du caractère affirmé des personnages. Il y a Requiem, le fossoyeur alcoolique, amoureux éperdu d'une fille de petite vertu qu'il croît être une princesse ; il y a la Grande Mindeur, une force de la nature, divorcée quatre fois, qui a pris le parti de dépuceler tous les jeunes garçons du village, et dont la famille tente vainement de calmer les ardeurs en lui confiant des travaux herculéens. Tout ce petit monde, qui a pourtant la tête sur les épaules, voit ses certitudes bousculées par l'apparition de la Vouivre.Où peut-être est-ce le contraire ? Au contact de ces gens, la Vouivre en viendra à se poser des questions sur sa condition. Du mortel ou de l'immortel, de l'homme ordinaire ou de la légende, qui est le plus heureux ?
–Ce qui me fait dire ça, c'est ce que disait ma mère. Elle tricotait une chaussette en causant et je l'entends qui dit : "la Vouivre, je ne voudrais pas être d'elle. Une fille qui ne meurt pas, ce n'est pas à faire envie ; quand on est de faire une chose, si on n'en voit pas venir le bout, on ne sait pas ce qu'on fait et on ne fait autant dire rien".
Une expression de curiosité un peu inquiète anima les yeux verts de la Vouivre. Arsène poursuivit, plutôt pour lui-même que pour elle :
-Et moi, je me pensais qu'elle avait raison. Je la regardais qui tricotait sa chaussette. Je me disais que si elle n'avait pas eu déjà dans l'idée ce que serait le bout de sa chaussette, son travail n'aurait pas ressemblé à grand chose. Je me disais aussi que la vie, c'est pareil. Que pour bien la mener, il faut penser à la fin.
De son côté, la Vouivre rêvait à son destin uni et uniforme dont elle ne disposerait jamais. Il lui semblait avec évidence qu'Arsène fut maître du sien comme l'était sa mère de tricoter sa chaussette. Rien de plus rafraîchissant, de plus désirable, que de porter ainsi sa fin en soi-même et que d'y travailler maille après maille. En soupirant, elle s'allongea sur le côté et étendit le bras pour cueillir un champignon rouge qui poussait dans les fougères. Comme elle le portait à sa bouche et commençait à le croquer, Arsène l'arrêta
-Ne mange pas, bon Dieu, c'est du poison.
–Oh ! Moi, rien ne peut m'empoisonner, dit-elle en laissant le champignon rouler sur sa robe. La mort ne m'attend nulle part".
mercredi 15 avril 2009
Maurice Druon
Dans le cadre de notre grande série "Profitons de la mort d'un écrivain pour parler de ses bouquins", j'ai aujourd'hui le plaisir de vous entretenir de Maurice Druon. Au-delà de l'aspect rocambolesque du personnage, le peu qu'il m'a été donné de lire de lui m'a laissé de très bons souvenirs.
Ainsi, Tistou les Pouces Verts (roman pour enfant) a été mon premier contact avec l'oeuvre de l'Académicien. Ce n'est certes pas la littérature de jeunesse qui a fait le renom de cet auteur, mais le livre mérite de ne pas être oublié. Dans ce conte antimilitariste, le petit Tistou (dont le père est beau, riche, et marchand d'armes), par le simple pouvoir qu'il a sur les fleurs, met fin à la guerre dans le monde. Le chèvrefeuille envahit la prison et le lierre fait taire les canons, avec la complicité des deux seuls amis de Tistou : le Jardinier Moustache et son poney Gymnastique.
samedi 11 avril 2009
Le Lion (Joseph Kessel)

mercredi 1 avril 2009
Un sur Deux (Steve Mosby)
J'avais pourtant juré de ne plus toucher à un thriller avant les calendes grecques... Mais que voulez-vous, on n'a qu'une parole, il faut donc la reprendre ! D'autant que je n'ai pas été déçu, car dès les premières pages, la trame se distingue par son originalité : un tueur (et méchant en plus), décide de faire chanter des couples, et d'en tuer un sur deux. Ouh, le vilain ! Mais là où Steve Mosby révolutionne le genre, c'est que l'inspecteur chargé de l'enquête, John Mercer, est un flic dépressif, qui a des problèmes avec Eileen son épouse, et qui peine à choisir entre son couple et sa carrière.lundi 16 mars 2009
Un brillant avenir (C. Cusset)

vendredi 27 février 2009
Gloire (D. Kehlmann)

mardi 17 février 2009
Le mystère H. (F. Bouysse)

mercredi 11 février 2009
Faut-il lire la Princesse de Clèves ?
Voici l'occasion rêvée de raconter une étrange ironie de l'Histoire, ou quand la littérature menace la politique (mais si, c'est possible). La Princesse de Clèves est considérée comme étant le premier roman français. Avant le 17e siècle, il y avait certes déjà des écrits qui s'apparentaient au roman, mais le genre n'avait alors pas encore été codifié. Les oeuvres prenaient volontiers une ampleur incontrôlable, se complaisaient dans la démesure et surtout dans l'esprit subversif : les écrits de Rabelais ou d'Honoré d'Urfé vous offriront quelques exemples parlant. Ce n'est qu'au 17e siècle que va s'élaborer, sous l'influence du pouvoir politique, une codification du genre, qui veillera à lui donner une unité d'action, pour en contenir les excès éventuels. La Princesse de Clèves va devenir emblématique de ces procédés, et le livre est, de ce point de vue, la créature du pouvoir royal. Quatre siècles plus tard, le voilà ennemi de l'Elysée. Cherchez l'erreur...
lundi 9 février 2009
Une éducation libertine (J.-B. Del Amo)

mercredi 4 février 2009
La petite marchande de prose (D. Pennac)

" - Toi, je t'aimerai toujours, dis-je.
Elle se retourne contre le mur, et elle dit seulement :
- Contente-toi de m'aimer tous les jours".
VAN THIAN : ...
COUDRIER : ...
VAN THIAN : Au moins, oui.
Notre-Dame de Paris (V. Hugo)

L'Homme du cinquième jour (J.-P. Arrou-Vignod)

J'ai découvert Jean-Philippe Arrou-Vignod dans ma jeunesse, avec les aventures de l'ignoble PP Cul-Vert, flanqué de Rémi et de Mathilde (!!), trois collégiens en mal d'aventures qui traquent le mystère en province. J'ai donc été heureux de dénicher, du même auteur, un roman pour adultes, L'Homme du cinquième jour. Mais quelle ne fut pas ma déception : une loufoque aventure de yéti, teintée de considérations philosophico-ethniques sur la vie, une traque dans le Caucase qui n'en finit plus, un suspens qui tombe à l'eau vers la fin, bref, difficile de trouver des qualités à ce livre. Un conseil : lisez ou relisez Tintin au Tibet, c'est mille fois plus distrayant, et en plus il y a des images !
mardi 3 février 2009
Aux fruits de la passion (D. Pennac)

Seul le silence (R.J. Ellory)


