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dimanche 1 août 2010

Sans le nucléaire on s'éclairerait à la bougie (Corinne Lepage, Jean-François Bouvet)

 
Voilà un joli livre qui dénonce les idées propagées par les méchants industriels. Heureusement, en face, il y a Claude Allègre, qui écrit lui aussi des jolis livres pour dénoncer les idées propagées par les méchants écologistes. Chaque camp n'étant lu que par ses propres aficionados, le débat avance. D'ailleurs devinez pourquoi j'ai choisi ce livre-là plutôt que L'imposture climatique...


vendredi 30 juillet 2010

La désinformation par l'Éducation nationale (Christine Champion, Vladimir Volkoff)



En plus d'un style littéraire proche de celui du catalogue des 3 Suisses, "La désinformation par l'Éducation nationale" se contente d'aligner des poncifs gauchistes sur la baisse du niveau et l'instrumentalisation de l'école par le pouvoir, en se gardant bien d'apporter des réponses.

dimanche 10 janvier 2010

Jan Karski (Yannick Haenel)


Un livre à la construction étrange, qui nous porte du témoignage direct à la narration romancée d'une histoire vraie : voilà ce que contient le livre "Jan Karski", du nom de ce Polonais, messager de la résistance intérieure de son pays, qui parcourût le monde pendant la guerre pour dénoncer l'extermination des juifs, sans jamais être entendu.

Le premier chapitre est la transcription de l'entretien que Jan Karski accorda à Claude Lanzmann, pour son film Shoah : on y découvre un homme qui s'évertue à délivrer un message "à la conscience du monde", bien des années après les faits. Le deuxième chapitre résume le livre écrit par Jan Karski, Story of a secret state, où il raconte son aventure pendant la guerre. Ces deux volets ont pour mérite de mettre en avant le sort d'un pays, la Pologne, pour lequel on fait peu de cas lorsqu'on étudie l'histoire,

Enfin, le troisième chapitre est l'essence même du livre : une fiction, qui tente d'éclairer le tourment d'un homme qui savait mais n'a rien pu faire pour convaincre les grands de ce monde d'intervenir pour empêcher les massacres. Ce que dénonce Yannick Haenel, c'est la croyance selon laquelle les Alliés sont les vertueux vainqueurs de la Deuxième Guerre Mondiale : très tôt, l'existence des camps a été connue, mais parce qu'on préférait ne pas savoir, personne n'a bougé. "Les services secrets ont fait leur travail, on savait, et tout ceux qui ont prétendu qu'ils ne savaient pas travaillaient déjà pour le mensonge. Les Anglais étaient renseignés, les Américains étaient renseignés [...] Roosevelt lui-même s'étonnait devant moi, et son étonnement n'était qu'un mensonge".


Karski était détenteur d'un message, qu'il n'a cessé de répéter à qui voulait l'entendre, mais qu'il n'a jamais pu transmettre. Tant que les récepteurs n'agissaient pas, Karski restait détenteur du message, et sa mission n'était pas remplie. Les effets pervers d'une telle situation sont très bien décrits : "Combien de fois ai-je dit qu'en Europe les Allemands exterminaient les Juifs ? En 1942, c'était une parole brûlante. En 1943, une parole désespérée. En 1944, lorsque je disais dans une petite ville du Texas, devant un parterre de dame du patronage, que les Allemands exterminaient les Juifs d'Europe, c'était juste une parole ridicule". Là réside tout l'intérêt du livre : le témoin n'existe qu'à travers ceux qui l'écoutent. Si personne n'écoute, le témoin n'existe pas.

vendredi 18 septembre 2009

L'Albine, Scènes de la Vie en Limousin et en Périgord Vert (Fernand Dupuy)

Je m'autorise à vous faire partager une escapade dans une région que je connais bien, puisqu'il s'agit de celle où je suis né. Rares seront ceux, je pense, qui ont connaissance de cet ouvrage, car il n'est pas de première jeunesse et il n'intéresse peut-être que ceux "du coin". Néanmoins, ce livre n'appartient pas à la veine du régionalisme et il n'est pas spécialement passéiste, donc il m'a plu... Il constate, tout simplement, qu'entre la fin de la seconde guerre mondiale et les années soixante-dix, date de parution, beaucoup de choses ont changé. L'auteur, instituteur et député communiste, s'est éteint en 1999 à Limoges. Il laisse là une confession qui n'a rien d'un chef d'oeuvre en prose, mais dont la sincérité est évidente.

Des passages légers, des anecdotes, il y en a beaucoup. Mais parfois, derrière les petites histoires des repas du dimanche, se cachent des habitudes lourdes de sens :

"Je n'avais guère plus de huit ou neuf ans. Au cours d'un repas, je taillais une tranche de pain et je replaçais, tout à fait par hasard, la tourte sur le dos. Mon grand-père la remit sur le ventre. Un moment plus tard, je recommençais un peu moins innocemment peut-être mais sans vraiment penser à mal. Mon grand-père remit la tourte à l'endroit d'un geste brusque mais sans rien dire. Je sentais bien qu'il y avait quelque chose qui déplaisait à mon grand-père quand la tourte était sur le dos, mais pourquoi ? Je n'arrivais pas à comprendre. Alors, de propos délibéré cette fois, pour savoir, je retournais la tourte.

Mon grand-père se dressa, le visage empourpré de colère, prit la tourte à deux mains, la retourna et la planqua sur la table avec une violence inouïe.

"Noum dè di, piti, nou dè di" !

Je crus qu'il allait me battre. Lui qui ne jurait jamais, qui jamais ne se fâchait, voilà qu'il était hors de lui. Ma grand-mère et ma petite soeur étaient atterrées.

"Il n'y a que les putains qui gagnent leur pain sur le dos. Tu comprends ? Les putains. Moi je ne le gagne pas couché sur le dos. Tu as compris ?"

samedi 27 juin 2009

Chagrin d'école (Daniel Pennac)


Mettons d'abord de côté ce qui fâche dans cet essai : Daniel Pennac a décidé d'écrire sur l'échec scolaire et par conséquent sur la figure du cancre. Il dispose, selon lui, de toute la légitimité pour le faire, puisque son enfance se résume à une impressionnante collection de bonnets d'ânes et autres zéros pointés. C'est précisément ici que le bât blesse : étant son propre objet d'étude, il se regarde écrire, commente ses propres réflexions, fait son autocritique à la place du lecteur, dialogue avec lui-même, puis analyse ce même dialogue… Bref, une véritable mise en abîme de son ego. Disons-le tout court : c'est exaspérant.

Pourtant, le livre met en avant une façon originale de traiter l'école et ses problèmes. Daniel Pennac, cela se sent, sait de quoi il parle. On apprécie le fait qu'il ne désigne aucun bouc-émissaire (il faut reconnaître qu'il connaît le sujet, voir Au bonheur des Ogres), et prône des solutions tout à fait iconoclastes (l'amour, par exemple) dans un monde où seule "la méthode" compte. Les préjugés en prennent pour leur grade, car Daniel Pennac a toujours sous la main quelques bons mots et quelques démonstrations par l'absurde bien sentis.

"Souvent, autour des tables dominicales, quelques adultes cassaient du sucre sur le dos de Picasso : affreux ! Peinture pour snobs ! Le n'importe quoi érigé en art majeur…
Malgré cette levée de bouclier, Picasso se répandait comme une algue : dessin, peinture, gravure, céramique, sculpture, décors de théâtre, littérature même, tout y passait.
- Il paraît qu'il travaille à toute allure !
Une de ces algues prolifiques venue d'un océan monstrueux pour polluer les golfes de l'art paisible.
- C'est une insulte à mon intelligence ! Je n'accepterai jamais que l'on se moque de moi.
Au point qu'un dimanche je pris la défense de Picasso en demandant à la dame qui venait de répéter cette accusation pour la énième fois si elle pensait raisonnablement que, ce matin-là, l'artiste s'était réveiller avec l'idée de torcher vite fait une petite toile dans le seul but de se moquer de madame Geneviève Pellegrue. […]
Geneviève Pellegrue ignorait qu'elle allait digérer Pablo Picasso comme le reste, lentement certes, mais inexorablement, au point que quarante ans plus tard ses petits-enfants rouleraient dans une des voitures familiales les plus hideuses jamais conçues, un suppositoire géant auquel les nouveaux Pellegrue donneraient le nom de l'artiste, et qui les déposeraient, par un beau dimanche de prurit culturel, aux portes du musée Picasso".

jeudi 18 juin 2009

La refondation du monde (Jean-Claude Guillebaud)

La refondation du monde, rien que ça ? Avec un titre pareil, Jean-Claude Guillebaud avait intérêt à ne pas nous décevoir. Et c'est réussi. Bien que paru en 1999, l'ouvrage est d'une actualité brûlante, et en cette période où l'idée directrice est une fantasque moralisation du capitalisme, il fait bon de le lire ou de le relire. Exemple :

« Il serait nécessaire, nous répète t-on sans cesse, de retrouver une morale. Tout nous invite à nous méfier du mot même de "morale" ou de celui qui se veut plus anodin d'éthique. Tous deux transportent avec eux je ne sais quelle intention disciplinaire. Comme s'il s'agissait, dans cette affaire, de mieux écouter un commandement venu d'en haut et auquel il nous faudrait réapprendre à obéir. Nul ne fera jamais revivre ce qui a été désenchanté. Sauf le tyran, peut-être».

Le ton est posé. Ce qui intrigue et inquiète Jean-Claude Guillebaud, c'est l'immense désarroi actuel, la fin des concepts qui permettaient jadis d'expliquer le monde et sa complexité. Avec la chute du Mur de Berlin, tout a volé en éclat. Et de citer Levinas :

« Aujourd'hui, nous avons vu disparaître l'horizon, qui apparaissait derrière le communisme, d'une espérance, d'une promesse de délivrance. Le temps promettait quelque chose. Avec la disparition du communisme, le trouble atteint des catégories très profondes de la conscience européenne ».

Alors comment penser la totalité après l'immense tragédie que fut le XXe siècle ? Comme le mentionne Edgar Morin, il y a bien longtemps que le projet encyclopédique - celui qui définissait l'honnête homme des Lumières - est hors de notre portée. Chaque année, chaque mois, chaque semaine qui passent voient se ramifier un peu plus, jusqu'à une arborescence infinie, les connaissances et les disciplines. Il ne nous reste guère que le choix entre la "superficielle généralisation médiatique" et "la compétence fragmentaire des disciplines".

Quelle est la place de la citoyenneté là-dedans ? Comment le citoyen ordinaire que je suis peut-il prendre position ? De manière personnelle, la question s'est posée à moi lors des élections européennes de 2009, placées sous le sceau de la lutte contre la crise. Entre une droite qui prône une course effrénée au profit et une extrême-gauche qui se berce d'illusions redistributrices, que me reste t-il ? La gauche réformiste ou le centre, mais ni l'un ni l'autre ne portent un véritable projet de société, et naviguent à vue. Je regarde alors d'autre voies. Celle de l'écologie ? Oui, le combat des Verts me touche en tant que citoyen, mais en se focalisant sur un unique credo, n'en vient-on pas à oublier tous les autres ?

Qui s'adresse à moi en tant que citoyen ? Personne. "Sans doute faut-il se mobiliser, écrit Jean-Claude Guillebaud, mais où est le front ?